Une sortie réussie commence bien avant de larguer les amarres. La météo doit être compatible avec le bateau et l’équipage, le carburant doit couvrir le trajet avec une marge, les équipements doivent être accessibles et chaque passager doit savoir quoi faire si une personne tombe à l’eau.
Cette préparation est d’autant plus importante que les premiers chiffres de l’été 2026 montrent une hausse du nombre total de noyades en France. Ces données concernent tous les lieux de baignade et toutes les activités aquatiques, pas seulement la plaisance. Elles rappellent néanmoins qu’un imprévu dans l’eau peut devenir grave très rapidement.
Voici une méthode complète pour préparer une sortie en bateau, avec une check-list utilisable avant chaque départ depuis Port Camargue ou un autre port français.
Qui est responsable de la préparation du bateau ?
La division 240 définit le chef de bord comme le membre d’équipage responsable de la conduite du navire, du respect des règlements et de la sécurité des personnes embarquées. Il doit être clairement désigné, même pour une courte promenade et même si plusieurs personnes possèdent le permis.
Cette responsabilité ne signifie pas tout faire seul. Le chef de bord peut répartir les contrôles et les tâches, mais il doit s’assurer qu’ils ont réellement été effectués.
Avant le départ, il décide notamment :
- si les conditions permettent de sortir ;
- quel itinéraire est adapté ;
- quelle personne tient la barre ;
- quel matériel doit être embarqué ;
- quelles consignes sont données aux passagers ;
- à quel moment il faut raccourcir ou annuler la sortie.
Étape 1 : vérifier la météo pour toute la durée de la sortie
Ne regardez pas seulement le pictogramme « soleil ». Consultez un bulletin marin officiel et examinez l’évolution prévue jusqu’après l’heure de retour.
Les informations à contrôler
- direction et force moyenne du vent ;
- rafales ;
- état de la mer et hauteur des vagues ;
- visibilité ;
- risque d’orage ou de grain ;
- bulletin météorologique spécial éventuel ;
- heures de lever et de coucher du soleil ;
- marées lorsque la zone de navigation l’exige.
Dans le Golfe du Lion, le mistral et la tramontane peuvent renforcer rapidement le vent et lever une mer courte. Le marin peut apporter humidité, visibilité dégradée et mer formée. Comparez plusieurs échéances du bulletin et continuez la veille pendant la navigation.
Fixer une règle de renoncement
Avant de partir, déterminez le seuil au-delà duquel vous resterez au port ou ferez demi-tour : vent maximal, visibilité minimale, état de fatigue, panne d’un équipement important ou retard sur l’horaire prévu.
Cette décision prise à froid évite de poursuivre par habitude ou par envie lorsque la situation se dégrade.
Étape 2 : préparer la route et les solutions de repli
Tracez ou visualisez l’itinéraire avant l’appareillage. Identifiez :
- la distance totale ;
- l’éloignement maximal d’un abri ;
- les hauts-fonds et dangers isolés ;
- les chenaux ;
- les zones de baignade et secteurs interdits ;
- les pavillons ou marques de plongée susceptibles d’être rencontrés ;
- les ports ou abris de repli ;
- les zones où le réseau téléphonique peut être insuffisant ;
- l’heure limite de demi-tour.
La distance d’un abri détermine une partie du matériel réglementaire. Un abri n’est pas simplement un point de côte proche : il doit permettre au bateau et à son équipage de se mettre en sécurité puis de repartir sans assistance, compte tenu de la météo du moment.
Utilisez une carte marine officielle à jour. Une application peut faciliter la préparation, mais vérifiez la fiabilité des données, l’état de la batterie et la disponibilité d’une solution de secours.
Étape 3 : contrôler le moteur et les fonctions vitales
Un contrôle méthodique prend peu de temps et évite de nombreuses avaries.
Propulsion et carburant
- niveau de carburant suffisant pour l’aller, le retour et une réserve adaptée ;
- absence de fuite ou d’odeur anormale ;
- huile et autres fluides selon le moteur ;
- hélice visible sans dommage ni bout engagé ;
- refroidissement moteur normal après démarrage ;
- commandes de gaz et d’inverseur fonctionnelles ;
- coupe-circuit opérationnel et porté dès l’allumage lorsqu’il est requis ;
- second coupe-circuit accessible et connu de l’équipage.
La jauge ne doit pas être votre seule garantie. Évaluez la consommation selon la distance, la charge, l’état de la mer et la vitesse prévue. Ajoutez une marge raisonnable pour un détour, une attente ou une dégradation de la météo.
Direction, électricité et cale
- direction libre et sans jeu anormal ;
- batterie chargée et cosses correctement fixées ;
- pompe de cale et alarme testées si le bateau en est équipé ;
- cale sèche ou absence d’entrée d’eau anormale ;
- bouchons de nable et passes-coques contrôlés ;
- feux de navigation, avertisseur sonore et instruments testés ;
- mouillage prêt à être utilisé, sans bout emmêlé.
Pont et amarrage
- amarres et défenses en bon état ;
- objets lourds ou coupants arrimés ;
- coffre et portes fermés ;
- échelle de bain utilisable depuis l’eau si sa conception le permet ;
- pont dégagé pour éviter les chutes ;
- charge et nombre de passagers compatibles avec la plaque constructeur.
Étape 4 : embarquer le matériel correspondant à la zone
Le tableau de synthèse de la division 240 distingue quatre dotations selon l’éloignement d’un abri.
| Zone de navigation | Éloignement d’un abri | Principe |
|---|---|---|
| Basique | Moins de 2 milles | Matériel de base adapté au bateau et aux personnes |
| Côtière | De 2 à 6 milles | Dotation basique complétée par des moyens de repérage, de navigation et de signalisation |
| Semi-hauturière | Plus de 6 à 60 milles | Dotation côtière complétée pour l’autonomie et l’alerte au large |
| Hauturière | Plus de 60 milles | Dotation la plus complète, incluant notamment des moyens de localisation et de communication supplémentaires |
Éléments communs de la dotation basique
Selon le type de navire et les conditions prévues par le texte, vérifiez notamment :
- un équipement individuel de flottabilité adapté pour chaque personne ;
- un dispositif lumineux ;
- les moyens mobiles de lutte contre l’incendie prescrits ;
- un dispositif d’assèchement manuel ;
- un dispositif de remorquage ;
- une ligne de mouillage lorsque la masse lège du bateau atteint au moins 250 kg ;
- un moyen de connaître les horaires et coefficients de marée lorsque cela s’applique ;
- le pavillon national hors des eaux territoriales.
Compléments de la dotation côtière
Entre 2 et 6 milles d’un abri, la dotation comprend aussi, selon la division 240 :
- un dispositif de repérage et d’assistance pour personne à la mer, de type bouée fer à cheval ou bouée couronne, lorsque les conditions du texte l’exigent ;
- trois feux rouges à main conformes ;
- un compas magnétique ou équipement admis par la réglementation ;
- des cartes marines officielles couvrant la zone et tenues à jour ;
- le RIPAM ou un résumé textuel et graphique ;
- un document décrivant le système de balisage de la zone.
Au-delà de 6 milles, s’ajoutent notamment un radeau de survie, le matériel permettant de faire le point, un livre des feux, un journal de bord, un moyen de réception de la météo, des harnais et longes, une trousse de secours réglementaire, un projecteur de recherche et une VHF fixe. Au-delà de 60 milles, la dotation inclut également une radiobalise de localisation des sinistres et une VHF portative ; un moyen de communication satellitaire est recommandé.
La liste exacte dépend du navire et des exemptions prévues. Utilisez la version de la division 240 en vigueur le jour du départ, pas une ancienne check-list enregistrée sur votre téléphone.
Étape 5 : contrôler chaque gilet de sauvetage
Il ne suffit pas de compter les gilets. Associez un équipement à chaque personne avant le départ.
Vérifiez :
- le niveau de flottabilité requis ;
- la plage de poids et la morphologie ;
- les sangles et fermetures ;
- la sous-cutale si elle est présente ;
- le marquage réglementaire ;
- l’absence de dommage ;
- le sifflet et le moyen lumineux ;
- la cartouche et le mécanisme des gilets gonflables.
Faites enfiler les gilets au quai, en particulier aux enfants, aux non-nageurs et aux personnes vulnérables. Lorsqu’une chute se produit, il est souvent trop tard pour aller chercher un équipement dans un coffre.
Étape 6 : préparer les communications
En mer, la VHF sur le canal 16 est le moyen prioritaire pour joindre le CROSS. Elle ne dépend pas de la couverture mobile, permet une localisation plus rapide dans de nombreuses situations et alerte les navires proches.
Avant de partir :
- testez la VHF sans occuper inutilement le canal 16 ;
- vérifiez son alimentation et l’état de la batterie d’une VHF portative ;
- sachez transmettre un message de détresse, d’urgence ou de sécurité ;
- gardez la position du bateau visible ou facile à lire ;
- protégez le téléphone dans une pochette étanche ;
- enregistrez le 196, tout en sachant que la VHF reste prioritaire en mer.
Si le bateau possède une VHF, maintenez l’écoute du canal 16 lorsque cela est possible. Un passager doit savoir l’utiliser si le chef de bord devient indisponible.
Étape 7 : faire un briefing de deux minutes
Avant de larguer la dernière amarre, rassemblez les passagers et expliquez :
- qui est le chef de bord ;
- où chacun doit s’asseoir pendant les manœuvres ;
- comment ajuster son gilet ;
- comment couper puis redémarrer le moteur ;
- où se trouvent la VHF, les extincteurs et les moyens de repérage ;
- quoi crier et quoi montrer si une personne tombe à l’eau ;
- pourquoi personne ne doit sauter à l’eau sans instruction ;
- comment appeler le CROSS et donner la position.
Demandez à chacun de signaler immédiatement une embarcation, un nageur, une bouée ou un objet. Un équipage informé détecte plus tôt les dangers et réagit avec moins de confusion.
Étape 8 : prévenir une personne restée à terre
Communiquez à un proche :
- le nom et la description du bateau ;
- le nombre de personnes ;
- l’itinéraire prévu ;
- l’heure de départ ;
- l’heure de retour estimée ;
- la conduite à tenir si vous ne donnez pas de nouvelles.
Prévenez-le également si le programme change ou dès votre retour. Cette information ne remplace pas l’alerte au CROSS, mais elle peut accélérer le signalement d’un retard anormal.
Étape 9 : partir proprement de Port Camargue
Dans les chenaux et bassins de Port Camargue, la vitesse maximale est de 5 nœuds. Dans la partie est du Chenal Sud devant les marinas, elle est limitée à 3 nœuds. Adaptez encore l’allure lorsque le trafic, une manœuvre ou une faible visibilité l’exige.
Avant de quitter la place :
- démarrez et laissez le moteur se stabiliser ;
- observez le vent et son effet sur le bateau ;
- retirez les amarres dans un ordre cohérent ;
- gardez une défense disponible ;
- vérifiez les secteurs arrière avant d’engager la marche arrière ;
- rangez amarres et défenses sans quitter la veille ;
- attendez d’être sorti de la zone contrainte avant d’accélérer.
Étape 10 : continuer les contrôles en navigation
La préparation ne s’arrête pas à la sortie du port. Pendant la navigation :
- maintenez une veille visuelle et auditive ;
- comparez la météo réelle à la prévision ;
- surveillez les niveaux, alarmes et bruits moteur ;
- vérifiez régulièrement l’autonomie restante ;
- comptez les passagers après chaque baignade ;
- conservez une distance importante avec baigneurs et plongeurs ;
- adaptez la vitesse au trafic, aux vagues et à la visibilité ;
- notez tout retard susceptible d’affecter le retour.
N’attendez pas que les conditions dépassent vos capacités pour faire demi-tour. Une décision précoce est généralement plus simple, plus confortable et plus sûre.
La check-list imprimable avant départ
Route et météo
- Bulletin marin officiel consulté
- Évolution météo vérifiée jusqu’après le retour
- Itinéraire, dangers, zones interdites et abris identifiés
- Distance maximale d’un abri connue
- Heure de demi-tour et limites de renoncement fixées
Bateau
- Carburant calculé avec une marge de sécurité
- Fluides, refroidissement et absence de fuite contrôlés
- Direction, commandes, hélice et mouillage contrôlés
- Batterie, pompe de cale, feux et avertisseur testés
- Coupe-circuit porté et double accessible
- Bouchons, coffres, charge et arrimage vérifiés
Sécurité et communications
- EIF adapté et contrôlé pour chaque personne
- Matériel conforme à la zone de navigation
- Extincteurs, assèchement et remorquage accessibles
- VHF opérationnelle et canal 16 connu
- Téléphone chargé et protégé de l’eau
- Position du bateau immédiatement disponible
Équipage
- Chef de bord désigné
- Briefing sécurité réalisé
- Une autre personne sait arrêter et redémarrer le moteur
- Procédure « personne à la mer » expliquée
- Eau, protection solaire et vêtements adaptés embarqués
- Itinéraire et retour communiqués à un proche
Préparer, pratiquer, progresser avec Cap Pas Cap
Une check-list sécurise le départ, mais la pratique donne du sens à chaque contrôle. Savoir évaluer le vent au quai, récupérer une personne à la mer, utiliser le moteur sans précipitation ou renoncer au bon moment s’apprend en situation.
À Port Camargue, Cap Pas Cap propose des formations au permis côtier ainsi que des séances de perfectionnement personnalisées, sur le bateau-école ou sur votre propre bateau. Charles vous aide à transformer les connaissances réglementaires en réflexes de chef de bord.
Consultez les formations Cap Pas Cap et préparez vos prochaines sorties avec davantage de sérénité.
Pour aller plus loin, découvrez comment choisir et contrôler son gilet de sauvetage, nos conseils pour naviguer en été en Méditerranée, les règles pour éviter une collision en mer et le lien entre permis bateau et sécurité.
Questions fréquentes
Quel matériel faut-il pour une sortie à moins de 2 milles d’un abri ?
La dotation basique comprend notamment un EIF adapté par personne, un dispositif lumineux et, selon le bateau, les moyens de lutte contre l’incendie, d’assèchement, de remorquage et de mouillage requis. Consultez la division 240 à jour pour la liste correspondant exactement au navire.
Une trousse de secours est-elle obligatoire en navigation côtière ?
Elle est vivement recommandée à toute distance. Dans le tableau général de la division 240, la trousse conforme à l’article 240-2.19 apparaît dans les dotations semi-hauturière et hauturière, pas dans la dotation côtière générale.
Quel numéro appeler en cas d’urgence en mer ?
Depuis la mer, contactez en priorité le CROSS par VHF sur le canal 16. Depuis le littoral, appelez le 196. Donnez votre position, la nature de la difficulté et le nombre de personnes concernées.